Non, vous ne rêvez pas, le miracle aura bien lieu, nous allons parler de la France positivement sur ce site! Ayant suffisamment pesté contre la censure, les retards de diffusions et les doublages chaotiques de la plupart des animés japonais diffusés chez nous (séries ou films), nous rendons enfin hommage au « génie » français dans toute sa splendeur. Nulle doute qu’en sortant de la lecture de ce dossier, certains auront la nostalgie du ministère de l’identité nationale. Car oui, LadyOscar est bel et bien le plus bel hommage que la culture japonaise a faite à notre cher pays, le seul pays au monde où les chasseurs et les pêcheurs ont un parti politique et un candidat à l’élection présidentielle.
Exit les considérations patriotiques, car c’est une œuvre souvent mal interprétée qu’il convient de décrypter ici, qui est TOUT sauf une œuvre à « minettes » ! Aux armes citoyens!
Viva la revolution !
Lady Oscar (Berusaiyu no bara) est un anime japonais en seulement 40 épisodes de 25 minutes, créée d’après le manga La Rose de Versailles de Riyoko Ikeda et diffusée du 10 octobre 1979 au 3 septembre 1980 sur NTV. En France, la série a été diffusée à partir du 8 septembre 1986 sur Antenne 2 dans l’émission Récré A2, rediffusée en 1989 toujours sur Antenne 2, puis en 1998 sur France 3 dans l’émission Les Minikeums dans midi les zouzous France 5 en 2004 et enfin en 2005 sur mangas.
L’histoire se déroule à la fin du XVIIIème siècle. Oscar est une jeune femme élevée en garçon par un père excédé de n’avoir que des filles. L’éducation militaire d’Oscar lui permet de devenir le capitaine de la garde royale, chargée de la protection de la jeune dauphine Marie-Antoinette. A ses côtés, il y a André, son ami d’enfance, secrètement amoureux d’elle. Ensemble, ils devront affronter les premiers troubles annonçant la Révolution française jusqu’à la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789 (pour ceux qui n’étaient pas au courant…).
Une œuvre en deux temps
Comme nous le disions dans notre introduction, Lady Oscar est souvent cataloguée par le public comme une œuvre pour filles, dans le même registre que Georgie, Princesse Sarah etc… Ce qui n’est pas un défaut en soit, mais nous sommes-là, malgré tout, au cœur d’un malentendu total, car Lady Oscar est l’un des animés les plus violents de son époque.
Pour comparaison, il y a bien plus de violence dans Lady Oscar qu’il n’y en a dans Naruto aujourd’hui. La raison est simple, Lady Oscar traite de la Révolution française.
Hors la Révolution française, comme chacun le sait, ne s’est pas faite sur Facebook ou sur Twitter, mais par la force de la machette et des têtes suspendues à des piques. La brutalité de la révolution, la difficulté de la France à sortir d’un monde ancien pour un monde nouveau sont dans leurs totalités montrées de manière frontale dans Lady Oscar. Simplement, puisque l’œuvre s’appuie sur un personnage, qui lui n’est pas historique (Oscar), il convenait de prendre son temps pour poser les éléments fictifs et historiques en créant une intrigue originale. Et c’est là toute la force de Lady Oscar : l’œuvre est en deux temps.
Le calme avant la tempête
Dans la première partie de la série, Oscar escorte la jeune Dauphine Marie Antoinette, nous faisant découvrir les abus de la cour de France où règne encore Louis XV, mais également les coups tordus et les complots politiques via des luttes d’influences. Elle nous montre également la cruauté de certains nobles envers des pauvres gens, mais aussi la naïveté d’une partie de la noblesse de France. Sans manichéisme, cette première partie nous dévoile toute la complexité de la situation où Louis XVI montera sur le trône avec Marie-Antoinette. C’est généralement cette première partie qui rebute le public masculin, s’arrêtant au bout de 10 épisodes en lâchant un laconique « c’est une série de gonzesses, j’suis pas une tarlouze !». Grosse erreur! Car dès la mort de Louis XV, tout bascule en direction d’un crépuscule sanglant ! Simplement pour comprendre et savourer pleinement la situation à venir, il convient d’avoir vu ce qui la précède. Essayez de commencer un livre à sa moitié, vous vous rendrez compte qu’à un moment ça peut poser problème….
La liberté… Ou la mort !
La deuxième partie de la série, évidemment la plus importante et la plus intéressante, est celle traitant de la montée en puissance du tiers-état, avec pour final la prise de la Bastille qui donnera naissance à la Révolution. La série s’arrête à cet événement. Le choix est d’ailleurs très judicieux, Oscar étant un personnage très particulier, indomptable, et qui perdra la vie sur l’hôtel de la liberté. Pourtant noble, son point de vue sur le monde changera au contact du peuple (comme beaucoup de nobles et bourgeois) se retrouvant en première ligne, combattant ses amis, des membres de sa famille et celle à qui elle avait jurée allégeance, la Reine Marie Antoinette.
L’histoire de France Made In Japan
Ce qui est frappant dans cette série, c’est la précision des faits qui y sont décrits, la quasi-totalité sont vérifiables, y compris dans des livres traitant de la révolution française. On regrettera cependant l’absence de Danton au profit de Robespierre, mais quand on connaît l’histoire de ce dernier et le Régime de Terreur qu’il a mis en place après sa prise de pouvoir, on comprend pourquoi l’auteur lui a donné sa préférence.
D’une certaine manière, en voyant Lady Oscar, vous connaîtrez à peu près ce qu’il faut savoir sur l’origine de la révolution. Ce qui est loin d’être anecdotique.
Riyoko Ikeda ayant fait un travail de documentation colossale pour arriver à puiser autant l’esprit de cette époque et la retransmettre dans son récit, car au-delà des faits historiques, d’autres éléments sont présents, reflétant parfaitement (une nouvelle fois) cette époque tragique : l’amour et le sexe.
Cinéma… Cinéma… Tchi-Tcha !
Comme pour la violence, Lady Oscar ne fait pas l’impasse sur la sexualité. Elle est montrée (de manière romantique) à plusieurs reprises, on y découvre même un cardinal catholique (le cardinal de Rohan) tripotant une femme dans une église, c’est vous dire ! Mais au-delà de la chair, c’est bien les sentiments amoureux qui sont magnifiquement mis en scène dans cette série. Pour faire court, Lady Oscar n’a d’égal sur ce point que Maison Ikkoku (Juliette je t’aime) qui est pourtant souvent cité comme la référence en la matière.
La relation d’amitié amoureuse entre Oscar et André, l’amour de celui-ci sans rien en retour, mais également les histoires impossibles des personnages secondaires, victimes du destin et de leurs conditions sociales, sont autant de cœurs brisés (les notres avec) au service d’une tension dramatique bouleversante. Sur ce point, Riyoko Ikeda prouve une nouvelle fois que les femmes mangakas ont quelques chose en plus lorsqu’elles traitent de ces sujets. Un sujet sublimé par le dessinateur de la série animée : Shingo Araki.
Des Roses aux Armures
Shingo Araki, pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, est le designer de la série animée « Les chevaliers du Zodiaque » (Saint Seiya).
Bien avant cela, il s’est donc occupé d’Oscar et ses amis. Inutile de dire que c’est un choix parfait que d’avoir fait appel à lui.
La fluidité de son trait, mais surtout l’androgynisme de certains de ses personnages collaient parfaitement au personnage d’Oscar qui est une fille déguisée en garçon.
Un hommage est d’ailleurs fait à Oscar dans « Les Chevaliers du Zodiaque » puisque le chevalier d’or des Poissons a le même design et se bat avec des roses (consultez notre article sur l’origine des noms des chevaliers d’or).
Un clin d’œil que Masamai Kurumada, auteur de Saint Seiya, tenait à mettre dans son œuvre, tant Lady Oscar est une œuvre majeure au Japon.
Une version française… réussie ?!
Oui, la version française de Lady Oscar est un quasi sans faute. La série n’est pas particulièrement censurée (il y a du sang quand il faut), les doublages sont excellents (la voix d’Oscar est parfaite) et sont sublimés par celle du narrateur, Jean Topart (également celui de Remi sans famille). Mais bon, puisque rien n’est parfait en ce monde, en partant du générique japonais présent plus haut, et après une loooonnngue reflexion, ils eurent quand même l’idée de nous pondre ça…
Le générique mis de côté, la question est donc la suivante : Pourquoi ce professionnalisme n’est-il pas présent dans les versions françaises des autres séries animées ?
Le premier réflexe reviendrait à dire que Lady Oscar traitant de la France et de la partie la plus importante de son histoire, il était très clair que la volonté de bien faire les choses côté français était là. La réponse est en réalité bien plus simple : toutes les séries animées dont les premières diffusions n’étaient pas destinées à TF1 ont été réussies.
En effet, les plus vieux d’entres-nous se souviennent évidemment de Récré A2 ou Amuse 3, qui étaient des émissions diffusées sur Antenne 2 (ancien France 2) et FR3 (ancien France 3) au début des années 80. À l’époque, des séries sont apparues comme Niels Anderson, Tom Sawyer, les Cités d’Or, Signé Cat’s Eyes et… Lady Oscar ! Tout cela se déroulait avant que le rouleau compresseur du Club Dorothée se mette en place sur TF1, mais surtout avant la chasse aux sorcières initiée en partie par Ségolène Royale.
Liberté, égalité… LadyOscar est dans la place!
Par sa conception, son traitement de l’histoire de France et la qualité de sa traduction française (les dialogues de la série sont exceptionnels), Lady Oscar étonne, surprend par tant de classe et d’excellence. Mieux, elle est une ambassadrice pour notre histoire là où elle est diffusée. Mettant en avant des valeurs de liberté, de sacrifice, de don de soi et d’égalité entre les peuples et les classes sociales. Cette série, d’une maturité et d’une profondeur extrême, est ce que la Japanimation sait faire de mieux. Passez par le Musée International du manga, Lady Oscar y a l’une des places les plus importantes et ce n’est pas pour rien, croyez-le bien…



















1 Comment
Cet article est fantastique!
Félicitations